Archive for mars 2009

Sabine est triste comme une glace au soleil

31 mars 2009

08:29
Dans un froid sec, un matin lumineux, le train parcourt la banlieue. Il avance en tortillant du cul les roues bien calees sur les rails. Cette lumiere donne aux visages fatigues des fourmis travailleuses un sourire qu’elles n’ont pas. Et moi ces mirages d’happy faces, ca me donne le sourire. Et si ca ne marche pas, janis me dit try just a little bit harder.

Pourtant il y a Sabine. Elle n’est pas triste. Tout est triste chez elle. Elle est faite pour la triste. Elle est heureuse d’etre triste. Assise droite dans son manteau bleu marin, la tete recouverte d’une choucroute, marge simpson perimee, elle regarde le monde de ses yeux de cocker triste. Dans son visage tout degouline. Ses paupieres tombent. Son front s’affaisse. Son nez trop long ressemble a un nez en guimauve qui s’affaisse lentement. Ses paumettes sont au niveau des machoires. Son cou a gagne un concours contre balladur. Seules ses lunettes de soleil en serre tete semble rester en haut dans un equilibre precaire. Une glace au soleil.

08:40
‘la police avait garde sous silence d’importants details concernant le meurtre d’Haley Cross’. C’est ce que lit ma voisine sur son strapontin. Je veux la suite, mais elle a deja tourne la page. Argggh!

Montee gare de lyon. Jeanne, le cul serre dans un pantalon raye, observe d’un œil inquisiteur depuis sa meche noire, la mini jupe bouffante de Laure. Il faut avouer qu’on a vu plus sexe.

09:02
Je me suis sorti de la gangue humaine et molle qui m’asphyxiait sur la ligne 4. Je suis assis. J’etale mes jambes et j’essaie de reprendre mon souffle. Je suis sur que le pere Obama dans son avion geant n’a pas cette sensation d’etouffement. A cote de moi, Paul se detend sur sa psp blanche. Mais il n’a pas l’air vouloir me la preter. Pourtant je n’ai rien demande. Obama, lui, se balade avec un pote pour jouer 5 minutes au basket entre deux reunions. J’aime pas trop le basket.

Publicités

Devant moi un jeune bouffant le monde ancien qui s’aplatit a ses pieds de geant

30 mars 2009

07:32
Back to work. Sous mes yeux defile la banlieue, froide et brumeuse, les yeux a peine ouverts, le soleil a peine leve, elle etend ses petits bras tres fort vers le ciel et pousse le cri guttural du matin au reveil. Oh putin de merde de bordel, c’est deja l’heure!
Surtout que vendredi dernier il aurait ete 06:32.

A mes cotes, frederic, la tete cerclee de ses ecouteurs, le cou de son echarpe, attaque le deuxieme tiers de Dune, edition poche.
Devant moi, Lucie et Jacques se tiennent la main et papotent. Je n’entends rien avec mes nouveaux ecouteurs. Lui en joli costume chemise raye rose cravate leger pourpre. Elle manteau creme cheveux long noirs et ondules. Elle maitrise. Il repond, amuse de suivre cette grande fille fraiche alors qu’a son travail il dirige de l’oeil trente gusses.
Au loin Hubert la soixante bien tendue sous sa chemise, fait ses mots fleches debout contre son strapontin. Malgre tous les sieges vides, il reste debout. Il aime bien s’asseoir. Mais se lever devient difficile avec ses genous qui le lachent jour apres jour.

A gare de lyon, les petits gilets jaunes regardent partir le train les yeux dans le vide. L’un perdu est retourne vers l’autre quai.

07:54
Une cow girl sur un strapontin perdue dans les souterrains parisiens. Elle n’a garde de sa contree natale que les longs cheveux boucles auburn et les bottes couleur idem. Sur son visage triste s’ecrit le mal du pays.
Plus loin une indienne dont il ne reste que les bottes a franges descend precipitemment du train en voyant son ennemi juree. Apparemment l’heure n’est pas a la confrontation.

Devant moi un jeune bouffant le monde ancien qui s’aplatit a ses pieds de geant. Il porte le trench coat marine serre a la ceinture pour montrer aux vieux qu’il est encore mince. Lui. Et de gros ecouteurs blancs qui tranchent avec le reste. J’aime la musique. Je mets les moyens et je vous emmerde.

Les gens ont le visage casse des lundis matins trop tot leves. Ou est-ce mon cerveau qui a encore du mal a faire le point?

08:06
Sur le quai, noemie exhibe ses deux cannes maigres gainees de noir posees dans de grosses bottes militaires trop large. Tout est trop large.

Robert hue teinte de noir fait son entree dans le wagon.

Damien debout dos contre la porte voit Paul assis sur un strapontin. Il s’approche. Tous les deux ont les oreilles pleines. Ils se voient. Ils se sert la main d’une poignee et d’un petit choc de phalanges. Puis Damien reprend sa position initiale. Pas un mot. Respect de l’espace intime ou manque total de social.