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crise de realite

13 mai 2009

08:23
Sur le quai, je regarde le train arriver. Je me sens tout fatigue. Tout etrique. Metro boulot dodo. Ca s’abat d’un coup. Je regarde la masse et je ne vois que des moutons. Quelques fourmis eparses perdues. Je monte. Je me positionne dans l’allee, rapace attendant une place. Signal du depart. Depart. Ce temps de merde aleatoire doit me peser sur le systeme. Je leve la tete pour elever mon esprit. Le mexicain me sourit en priere. Garde ton cafe, grand pere, j’en bois deja trop.
Un jeune cadre dynamique denture carnassiere en avant speaks wall street english. C’est bien mon gars mais c’est peut-etre pas necessaire de le crier sur tous les murs des metros. On en a rien a cirer et depuis le temps c’est sur qu’on est au courant.
Et tu en profiteras pour prevenir ta copine sur le mur d’en face. Meme topo.
On me conseille de devenir radin. Mais je le suis deja! Je prends le metro 60 euros par mois au lieu de m’acheter une bagnole a 12000 euros sans compter l’essence qui remonte. Si ce n’est pas une preuve que je suis radin. Un troupeau de radins m’entoure. La pub se trompe de message. ‘vous etes radins puisque vous prenez le metro au lieu de vous acheter une voiture. PriceMinister est pour vous’.

08:40
Toujours pas arrive a chatelet. Ras-le-bol. Oh ben si on arrive a chatelet.

08:45
Compacte assis sur mon siege reglementaire, le coude dans les cotes de ma voisine, le genou gauche proche des couilles de mon voisin en face. J’ai marche sur 2 pieds, cogne 4 genoux, dit 3 pardons, avant de m’asseoir pres de la fenetre. Je vais finir par comprendre pourquoi je sature. C’est pas les pubs H&M avec des plages de sables avec des mannequins langoureusement posees sur le sable qui vont me faire sourire. Vendeurs de reve, vendeurs d’espoir.

08:58
Derniere ligne droite. Ligne 12. Je m’asseois et j’attends. Surtout ne pas reflechir. Ce matin c’est terrible. C’est toujours terrible, la realite qui vous saute a la gueule. Brute. Crue. Cruelle. La realite a des bons cotes. Mais ce matin c’est la face sombre que j’escalade a l’infini. Le sentiment de tonneau des danaides vous cloue sur place. Je regarde. Je regarde et je vois ce que je vois tous les matins depuis 2 ans. Et ce matin je ne vois pas seulement ce matin particulier, je vois d’un coup tous les matins. Il y en a des centaines et en fait il n’y en a qu’un seul. Voila ce qui m’ecrase ce matin. Pas d’avoir fait des centaines de voyages, mais d’avoir refait le meme des centaines de fois.

Allez hop c’est pas tout mais faut aller bosser maintenant.

cet escalier exigu est egalitaire.

10 avril 2009

08:19
Besoin de rien ce matin. Juste de me poser. Juste de me laisser transbahuter.

08:21
Transbahute donc, je suis debout au milieu de tous, le regard fixe sur la tete de Paul qui repose sur la paroi, fixe plus precisement sur son oreille. Oreille exhuberante reveillee du printemps, dont le cœur creux s’epanouit dans la production pileuse non controlee. Pensee pour un pauvre ecouteur.

08:27
Petit echange de civilites a vincennes ou la densite dans l’allee rend difficile les mouvements de foule, alors de deux personnes!

La jeune femme au blouson jean blanc s’est endormie la tete en arriere posee sur le haut du siege. J’attends que sa bouche s’ouvre doucement pour commencer a gober des mouches imaginaires.
Dommage. Son telephone vibre et la tire de sa torpeur.

08:33
Malgre ses jambes constellees de points blancs, Beatrice n’a pas l’air malade.

08:41
Je monte l’escalier un peu raide, le nez dans la personne devant moi. A ma gauche, une file indienne dense de sortis de train descend le meme escalier. Chaleur. Attente. Odeurs de pisse. Coinces dans cette lente ascension. Pas d’espace. Reduits a l’humain. Cadre. Chomeur. Femme enceinte. Jeune. Vieux. Egaux. Cet exigu escalier est egalitaire. Egalitaire sur le moins.

08:48
Couloir. Escalier. Schlak des portes. Quai. Hesitation. Sonnerie. Observation des espaces libres. Decision. Course. Blocage par un mouton qui pense etre seul. Main sur la porte au cas ou. Pardon. Pardon. Pied dans la place. Le mouton s’ecarte. Schlak des portes dans mon dos. Parfois on se laisse prendre a ce jeu.